Philatélie, montres et bijoux

La philatélie, un bon placement

Premier objet collectionné dans le monde, le timbre est accessible à tous, puisqu’il suffit de quelques euros pour se lancer dans une collection. Mais pour marier philatélie et gestion patrimoniale, il faut viser plus haut : « A moins de 1.000 euros, cela n’a pas de sens dans une optique d’investissement, juge Pascal Behr, expert international et négociant. Pour réaliser un placement, il faut plutôt tabler sur une somme comprise entre 1.000 et 20.000 euros. » Un bon placement ? « Oui, car les prix augmentent depuis cent ans au rythme de l’inflation plus environ 4 % par an, poursuit Pascal Behr. La valeur ne baisse pas. »

Dans l’univers philatélique, pas question de faire des coups : les amateurs gardent les timbres généralement assez longtemps, et s’ils s’en séparent, c’est généralement pour en acheter d’autres sur un thème qui a leur préférence. Dans un esprit de placement, trois éléments constituent la valeur d’un timbre. Son ancienneté d’abord : « Il faut se focaliser sur ceux qui ont été émis avant 1914 ou, mieux, avant 1900 », indique Pascal Behr. Ensuite, c’est la rareté qui doit être prise en compte, car des timbres émis à de multiples exemplaires voient rarement leur cote monter.
 

Mieux vaut s’adresser à un expert

Enfin, le timbre doit être très bien conservé, car seules les pièces dans un état exceptionnel sont recherchées par les collectionneurs avertis. Vous l’avez compris, cela ne laisse aucun espoir de placement au ­timbre-souvenir, qui, lui, ne verra jamais sa valeur s’apprécier.

Pour acheter, mieux vaut s’adresser à un marchand reconnu ou passer par un expert, plutôt que d’aller sur Internet, où des faux circulent trop souvent. Pour connaître la cote des timbres, une seule recommandation : le catalogue Yvert et Tellier, une « bible » qui fait référence dans le monde entier. A titre d’exemple, le timbre le plus cher au monde a été vendu en juin, à New York, à 7,9 millions de dollars, soit 9,6 millions de dollars avec les frais (plus de 7 millions d’euros). Il s’agit du « One cent Magenta », émis dans des conditions originales par le Guyana-Britannique en 1856, dont il ne reste plus qu’un seul exemplaire. C’est le timbre de tous les records : il s’était déjà vendu à 280.000 dollars en 1970, puis à 935.000 dollars en 1980.
 

Les conseils de l'expert

Pascal Behr, expert international

300 € Avec ce budget, achetez une lettre écrite en 1870 par un Parisien encerclé par les Prussiens et transportée par ballon monté.

1.000 € Intéressez-vous à un timbre des colonies françaises, surchargé, datant de 1875.

5.000 € Misez sur un timbre à 80 c rose, de l’époque de Napoléon III.

10.000 € Vous pourrez entrer en possession d’une lettre affranchie avec le premier timbre français, utilisé le premier jour d’émission en France des timbres, en 1849.

 

Les montres, l’heure et la beauté

Les « garde-temps » ont toujours eu les honneurs des collectionneurs soucieux de la valeur patrimoniale de leurs achats, mais, depuis quelques années, le mouvement s’est amplifié avec l’arrivée d’une clientèle nombreuse et variée. Preuve de leur succès : on voit de plus en plus de montres « collectors » de grande valeur aux poignets des grands de ce monde.

Pour faire un bon placement avec les montres, il faut d’abord se ­concentrer sur les marques de prestige et sur leur condition. Elles doivent être dans leur état d’origine, bien conservées, et toutes les parties visibles doivent être irréprochables. Ce sont les éléments indispensables pour espérer les voir prendre de la valeur au rythme des aiguilles qui tournent. La moindre rayure, même à peine visible à l’œil nu, peut se traduire par une décote de 5 % à 20 % par rapport au prix d’un modèle identique en état neuf.

L’état mécanique, en revanche, est secondaire : les mécanismes peuvent être changés si besoin, tant qu’ils n’altèrent pas l’extérieur du boîtier. Mais, pour la revente, la montre devra être en bon état de fonctionnement.
 

Miser sur les modèles emblématiques

Côté marques, pas de secret : il faut miser sur les plus grands noms de l’horlogerie, ceux qui font l’objet de réels échanges sur le ­marché. Patek Philipp, Rolex, Tudor, Jaeger LeCoultre ou Omega sont incontournables, mais les « petits » budgets peuvent également se tourner vers des marques comme Bréguet ou Longines ainsi que sur les montres de grands joailliers comme Cartier, Chaumet ou Chopard. Au-delà de la marque, choisissez des modèles emblématiques. Une Rolex « Air King » vaut, par exemple, environ 1.800 € sur le marché de l’occasion, alors qu’une Rolex « Cosmograph Daytona », avec boîtier ­en or blanc, s’échange à plus de 10.000 €.

Comme dans les autres domaines, vous ne devrez donc pas vous y lancer sur un coup de tête, au risque d’acheter – cher – des modèles peu cotés. Prenez donc le temps de parcourir les ventes aux enchères et les magasins spécialisés pour trouver la perle rare, celle que vous adorerez porter pour de grandes occasions et que vous aurez de bonnes chances de revendre facilement en ayant gagné un peu d’argent. Attention : les modèles les plus célèbres et les plus rares peuvent s’échanger pour plusieurs centaines de milliers d’euros. Définissez donc d’abord votre budget…

Sachez, enfin, que vous obtiendrez le meilleur prix à la vente si vous disposez des papiers et de la boîte d’origine de la montre. A défaut, la décote sera sensible, un point auquel il faut aussi faire très attention lors de l’achat.
 

Les conseils de l'expert

Marie Sanna, Artcurial

2.000 € Une Rolex « Oyster Date Precision », de 1976, avec un boîtier rond, couronne et fond vissés, cadran noir et aiguilles feuilles. Bracelet « Oyster » riveté en acier avec boucle signée.

7.500 € Arborez une Patek Philippe Calatrava de 1991, une belle montre avec bracelet en or 18k, boîtier rond, lunette or, cadran laqué avec chiffres romains peints. Bracelet croco avec boucle en or signée. Avec son écrin et ses papiers d’origine.

50.000 € Voyage dans le temps avec un rare et beau chronographe Vacheron Constantin, de 1938. Bracelet en or, cadrant noir avec deux compteurs, totalisateur des minutes à 9 heures et petite trotteuse à 3 heures. Mouvement mécanique à roue à colonnes n° 420657. Bracelet croco avec boucle en or signée.

 

Les bijoux, le comble du plaisir

De moins en moins réservés aux femmes, les bijoux représentent, selon Julie Valade, directrice du département bijoux d’Artcurial, « le comble du plaisir ». Selon cette spécialiste, c’est aussi « une valeur refuge essentielle, car il ne s’agit pas d’un marché spéculatif ». Les prix restent donc sages et progressent assez régulièrement.

Pour miser sur les bijoux, inutile d’aller chez un joaillier pour acheter une pièce neuve, qui perdrait aussitôt de 30 % à 50 % de sa valeur : « Le marché concerne principalement les bijoux anciens, créés entre 1750 et 1960, voire ceux des années 1970, qui connaissent aujourd’hui un temps fort », précise Julie Valade.
 

L’Art déco

La période en or reste celle de l’Art déco (1910-1930), avec des objets créés dans des métaux nobles ­(le ­platine, notamment), un travail très important et une créativité ­ébouriffante. « Ce sont des bijoux qui sont toujours portables aujourd’hui, ce qui participe aussi à leur charme », juge Julie Valade.
 

Recherchez les perles rares

Autre piste pour investir sur des valeurs relativement sûres : les signatures. « Les Cartier, Van Cleef ou Mauboussin sont plutôt bien côtés, et quelques créateurs des années 1925-1930 – René Boivin, Suzanne Belperron… – sont très recherchés car très rares. » Pour trouver ces… perles rares, direction les ventes aux enchères ou les magasins de quelques antiquaires très spécialisés, notamment rue Saint­-Honoré, à Paris. A partir de 300 €, vous y trouverez des objets anciens en bon état ayant une valeur patrimoniale, « mais dont les prix n’augmenteront pas forcément beaucoup dans les prochaines années », prévient Julie Valade. Le plaisir plus que le gain financier…
 

Les conseils de l'expert

Julie Valade, Artcurial

300 € Une jolie broche avec un camée du XIXe siècle, une bague ancienne ou un collier en or avec des maillons finement travaillés.

5.000 € Une broche Cartier des années 30 ou 40, une bague pavée de diamants.

10.000 € Une bague en or gris ornée d’un diamant taillé en brillant pesant 3,06 ct. Accompagné d’un certificat du Laboratoire français de gemmologie (LFG) indiquant : couleur D, pureté VVS2, pas de fluorescence.

Source : http://bourse.lesechos.fr/